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La baguenaude :

le mot provient du languedocien "baganaudo" désignant le fruit du baguenaudier, un arbre courant dans le midi de la France. Ce fruit étant constitué d'une gousse pleine d'air qui éclate en faisant du bruit, il est devenu le symbole de la sotte plaisanterie et de la bagatelle. C'est pourquoi on le retrouve comme nom d'une forme poétique médiévale décriée et flottante, fondée sur le non sens et composée d'assonances fantaisistes. Par la suite il donnera le verbe baguenauder qui signifie flâner, se promener sans but.

Les baguenaudes sont
des couplets faits à volonté,
dont les vers ont
un mètre déterminé,
mais qui sont
sans rime ni raison.


L’art de la Rhétorique (1493)
Jean Molinet

quant à moi, j'utilise sciemment cette forme moyenâgeuse assez imprécise avec beaucoup de liberté, utilisant à dessein les deux sens que recouvre actuellement le terme français en m'imposant la contrainte supplémentaire d'y glisser systématiquement le nom du lieu de la "baguenaude/flânerie". En fait c'est un prétexte au jeu et à la dérision poétique où la règle reste secondaire. Je pense que c'était vraisemblablement l'esprit des baguenaudeurs du XVème, en tout cas c'est le mien aujourd'hui !
de Jean-Luc Aotret
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Jeudi 8 novembre 2007

château de Kerstears photo Jalm

Je suis un enfant de l'hiver
Que vent mauvais jamais n'atteint
Mais qui sur les cendres d'hier
Souffle déjà tôt le matin

Bravant ce temps qui me veut taire
Et ces esprits par trop chagrins
Je suis un enfant de l'hiver
Que vent mauvais jamais n'atteint

Mon seul désir en bandoulière
Je continue sur ce chemin
Voulant croire que sur la terre
Il est toujours un lendemain
Je suis un enfant de l'hiver
Que vent mauvais jamais n'atteint

de Jean-Luc Aotret

par jelk publié dans : rondels
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Mardi 21 août 2007

Portrait de Mallarmé Paul Gauguin

Rien au réveil que vous n'ayez
Envisagé de quelque moue
Pire si le rire secoue
Votre aile sur les oreillers

Indifféremment sommeillez
Sans crainte qu'une haleine avoue
Rien au réveil que vous n'ayez
Envisagé de quelque moue

Tous les rêves émerveillés
Quand cette beauté les déjoue
Ne produisent fleur sur la joue
Dans l'oeil diamants impayés
Rien au réveil que vous n'ayez

Stéphane Mallarmé (1842-1898)

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Mardi 10 juillet 2007

à la mémoire de mon frère Emile Rollinat

Dans les yeux de l'Humanité
La Douleur va mirer ses charmes.
Tous nos rires, tous nos vacarmes
Sanglotent leur inanité !

En vain l'orgueil et la santé
Sont nos boucliers et nos armes,
Dans les yeux de l'Humanité
La Douleur va mirer ses charmes.

Et l'inerte Fatalité
Qui se repait de nos alarmes ,
Sourit à l'océan de larmes
Qui roule pour l'éternité
Dans les yeux de l'Humanité !

Maurice Rollinat (1846-1903) Les âmes, LES NEVROSES

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Dimanche 20 mai 2007

Il est hochet en main
Ou chaîne sur le cou
Le cellulaire engin
Le moderne bijou

Emprisonnant l’humain
Dans sa crainte de tout
Il est hochet en main
Ou chaîne sur le cou

Tyrannique importun
Au plus proche de nous
En dénonçant partout
Le fil de nos destins
Il est hochet en main
Ou chaîne sur le cou

de Jean-Luc Aotret (rondels rebelles)

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Samedi 12 mai 2007

gravure de Félix Vallotton

Rondel

Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles !
Il n'est plus de nuits, il n'est plus de jours ;
Dors... en attendant venir toutes celles
Qui disaient : Jamais ! Qui disaient : Toujours !

Entends-tu leurs pas ?... Ils ne sont pas lourds :
Oh ! les pieds légers ! - l'Amour a des ailes...
Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles !
Entends-tu leurs voix ?... Les caveaux sont sourds.

Dors : il pèse peu, ton faix d'immortelles ;
Ils ne viendront pas, tes amis les ours,
Jeter leur pavé sur tes demoiselles...
Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles !

Tristan CORBIERE (1845-1875) 
(Recueil : Les Amours jaunes)

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Vendredi 11 mai 2007

Une télé qui s’éteint
C’est un être qui s’éveille
Veillons à ce que demain
Maintes gens fassent pareil

L’esprit aux mains des malins
Mal intentionnés sommeille
Une télé qui s’éteint
C’est un être qui s’éveille

Libéré de l’appareil
Pareil aux fils du pantin
Tain du miroir orphelin
L’infortuné s’émerveille
Une télé qui s’éteint
C’est un être qui s’éveille

de Jean-Luc Aotret (rondels rebelles)

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Mercredi 9 mai 2007

La conscience

La conscience voit dans nous
Comme le chat dans les ténèbres.
Tous ! les obscurs et les célèbres
L'impie et le moine à genoux,

Nous cachons en vain nos dessous
A ses regards froids et funèbres !
La conscience voit dans nous
Comme le chat dans les ténèbres.

Tant que l'Esprit n'est pas dissous,
Et que le sang bat les vertèbres,
Elle déchiffre nos Algèbres,
Et plonge au fond de nos remous.
La conscience voit dans nous !

Maurice Rollinat (1846-1903) Les âmes, LES NEVROSES

par jelk publié dans : rondels
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Lundi 7 mai 2007

Allo ici l'ombre, ici l'ombre,
les versets parlent aux inquiets
la rhapsodie hongroise c'est
l'anesthésie du plus grand nombre.

Allo ici l'ombre, ici l'ombre
les versets parlent aux inquiets,
si l'avenir apparaît sombre
des éclaireurs sont aux aguets

et ils bercent mon coeur qui sombre
tout chancelant et blême. Mais,
il s'en ira au vent mauvais
avec les feuilles qu'on dénombre.
Allo ici l'ombre, ici l'ombre
les versets parlent aux inquiets.

de Jean-Luc Aotret (rondels rebelles)

par jelk publié dans : rondels
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